Contis plage 1km2
Une série photographique guidée par les hasards de la vie, les contraintes, le besoin d’extérioriser une masse de sentiments mitigés et contradictoires.
Un chantier en cours au bord de l’océan, une commande d’expo pour le Majorat.
Une façon de poser le paquet, là, désordonné.
Je n’ai pas les idées claires. Je n’arrive pas à prendre du recul sur ce travail naissant, encore moins à y réfléchir, trouver un angle, un fil…et le suivre.
Alors je m’y emploie; j’arpente inlassablement cette petite station balnéaire landaise, après mes journées de bâtiment, accompagné de mon chien. Un peu errant mais toujours en quête, l’oeil affûté, répétant mes gammes pour me tenir en alerte. Je déclenche (trop) souvent pour rien. Mais ça me permet de poser le négatif, d’aller chercher l’image juste…non… de trouver l’image qui se cache dans ce décor de plage déserte. Je me fais happer par le paysage, c’est lui qui vient me chercher, ou c’est peut être une rencontre entre cet environnement et moi. Un dialogue muet mais plein d’émotions et de ressentis. Des vagues de frissons parcourent mon corps, des larmes coulent, j’évacue…je ressasse aussi en écho au ressac de l’océan : le dialogue s’installe.
Il s’agit d’une séparation non assumée, non acceptée : bien trop de frustrations, de non-dits, de dénis…La séparation avec LA femme, LA mère de mes enfants, LA séparation faite pour les mauvaises raisons…Ça râpe, écorche, tire vers le bas; me renvoie à beaucoup de mots, de situations, de tensions…de discussions qu’on a plus la force d’avoir. Je suis rincé, je n’ai plus d’énergie et ai besoin de tendresse. Je ne peux plus encaisser les coups. Je suis mâché, à vif. J’ai l’impression d’avoir combattu contre Mike Tyson plusieurs années d’affilées.
L’idée que le coup parte suffit au fait que j’en ressente la douleur.
L’idée de pouvoir avancer sur cette série, en fin de journée, me fait tenir sur le chantier. C’est physiquement éprouvant, mentalement aussi. Ça fait longtemps (trop) que je fais du bâtiment pour gagner ma vie. Cette activité prend trop de place, trop d’énergie, me frustre énormément. Alors oui, je pourrais tout envoyer bouler, tout changer, prendre un virage serré, quitter la route, prendre le large. Mais voilà, je suis un être humain avec ses contradictions, ses défauts, ses peurs…
Ses peurs et ses croyances…les freins que l’on peut se mettre.
Cet exercice de parcourir le même endroit des dizaines, centaines de fois, et essayer d’y trouver des nouvelles choses, c’est là que commence le travail d’introspection. Car ce qu’on part chercher sur cette plage, à travers ces ruelles, dans ces dunes, face à ces vagues, ce n’est plus le décor, c’est bien ce que l’on est, ce qui nous traverse, c’est un voyage intérieur. Un dialogue avec soi, à travers un lieu somme tout magnifique, mais parfois oppressant, parfois accueillant, hostile, enivrant…


































